Nommer ses émotions : une première étape pour apaiser son cerveau

Nous avons tous déjà prononcé cette phrase :
"Je suis stressé."
Mais derrière le mot stress peuvent se cacher des expériences très différentes : de la peur, de la colère, de la frustration, de la tristesse, de l’impuissance, de la culpabilité ou encore de l’appréhension.
Prendre le temps de préciser ce que nous ressentons peut sembler très simple. Pourtant, cette étape peut modifier notre manière d’entrer en relation avec notre expérience intérieure.
Pourquoi est-il si difficile de mettre des mots sur ce que l’on ressent?
Lorsque nous sommes submergés par une émotion, nous n'avons pas toujours le recul nécessaire pour l'observer.
Le corps peut réagir avant même que nous ayons clairement identifié ce qui se passe : accélération du rythme cardiaque, tension musculaire, respiration modifiée, boule dans la gorge ou dans le ventre, envie de fuir, de pleurer, de s'isoler ou au contraire de réagir immédiatement.
Dans ces moments-là, nous sommes davantage dans la réaction que dans l'observation.
Le cerveau doit alors traiter une grande quantité d'informations internes et externes, parfois très rapidement.
Mettre des mots sur l'expérience vécue peut constituer une première étape pour reprendre une position d'observateur.
"Je suis stressé"… mais que ressens-je réellement?
Dire « je suis stressé » donne une information générale.
Mais essayer d'aller un peu plus loin permet parfois de découvrir ce qui se joue réellement :
"J'ai peur de ne pas être à la hauteur."
"Je ressens de la frustration parce que je n'arrive pas à me faire entendre."
"Je suis en colère parce qu'une limite a été dépassée."
"Je ressens de l'appréhension face à cette situation."
"Je me sens impuissant parce que je ne peux pas contrôler ce qui se passe."
La nuance est importante.
Il ne s'agit pas de trouver le bon mot à tout prix, mais de passer d'une sensation globale et parfois envahissante à une expérience que l'on peut progressivement identifier et observer.
La roue des émotions, outil à télécharger, peut aider à nommer ses émotions et à mieux les comprendre.
Nommer ne signifie pas supprimer
Mettre un mot sur une émotion ne fait pas disparaître celle-ci.
Et ce n'est d'ailleurs pas l'objectif.
Une émotion peut avoir une fonction : elle peut attirer notre attention sur un besoin, une limite, une situation vécue comme menaçante ou un événement qui demande à être pris en compte.
La question n'est donc pas :
"Comment faire pour ne plus ressentir cette émotion?"
Mais plutôt :
"Qu'est-ce que cette émotion me signale et comment puis-je y répondre de manière adaptée?"
Cette distinction est essentielle.
Chercher à contrôler systématiquement ses émotions peut parfois conduire à les repousser ou à les minimiser. À l'inverse, apprendre à les reconnaître permet de développer une relation plus consciente avec ce que l'on vit.
Le corps participe lui aussi à l'expérience émotionnelle
Une émotion n'est pas uniquement une pensée.
Elle s'accompagne souvent de manifestations corporelles.
Une mâchoire qui se contracte.Une respiration qui devient plus courte.Le cœur qui accélère.Une sensation de chaleur.Le ventre qui se noue.Les épaules qui se crispent.
C'est pourquoi il peut être intéressant, lorsque l'on cherche à comprendre une émotion, de ne pas s'intéresser uniquement à ce que l'on pense, mais également à ce que l'on ressent dans son corps.
Une question simple peut aider :
"Quand il me dit ça, quand j'entends ca, quand je vois ça...
Puis :
Comment je me sens?"
Les émotions et le système nerveux
Le simple fait de nommer ce que l'on ressent peut modifier la manière dont notre système nerveux fonctionne. Lorsqu'une émotion est ressentie de manière forte, l'amygdale s'active très rapidement. Cette glande fonctionne comme une alarme nous prévenant d'une menace considéré comme un danger. C'est cette activation de l'amygdale, parfois trop rapide, qui pousse parfois à agir sans réfléchir, de manière spontanée et impulsivement.
Les recherches récentes en neurosciences mettent en exergue l'action du cortex préfrontal lorsque l'émotion est nommée, diminuant l'activité de l'amygdale. Ainsi, une meilleure régulation est observée lorsque des mots sont posés sur un ressenti, une impression, une peur, un stress, de l'anxiété ou de l'angoisse.
Émotion, cerveau et régulation
Il arrive que l'on sache parfaitement pourquoi l'on est stressé, en colère ou anxieux… sans pour autant réussir à modifier la réaction.
On comprend.
On analyse.
On réfléchit.
Et pourtant, le corps continue de réagir.
C'est là qu'il peut être intéressant d'élargir son regard et de ne pas considérer uniquement l'aspect psychologique ou cognitif de l'expérience.
Le fonctionnement du système nerveux implique de nombreux mécanismes qui ne sont pas toujours accessibles par la seule volonté.
Dans une approche globale, il peut donc être pertinent d'associer compréhension, observation corporelle et travail de régulation.
Une petite pratique à essayer
La prochaine fois que vous vous sentez submergé, prenez quelques instants avant de chercher immédiatement une solution.
Posez-vous simplement ces cinq questions :
1. Qu'est-ce que je ressens exactement ? Essayez de remplacer « ça ne va pas » ou « je suis stressé » par un mot plus précis du champ lexical des émotions (voir roue des émotions)
2. Où est-ce que je ressens cette émotion dans mon corps ? Observez la respiration, les tensions, la chaleur, les sensations digestives…
3. Qu'est-ce qui a déclenché cette réaction ? Une situation, une parole, une pensée, une accumulation?
4. De quoi ai-je besoin maintenant ? De repos? D'une limite? De sécurité? De soutien? D'espace?
5. Quelle est la prochaine petite action qui pourrait m'aider?
Il n'est pas nécessaire de tout résoudre immédiatement.
Parfois, identifier clairement ce qui se passe constitue déjà une première étape.
Nommer, comprendre, réguler
Apprendre à reconnaître ses émotions ne signifie pas devenir capable de tout contrôler.
Il s'agit plutôt de développer une meilleure connaissance de son fonctionnement pour pouvoir répondre à ce qui se passe avec davantage de choix.
Nommer. Comprendre. Réguler. Puis avancer.
Et lorsque les réactions deviennent persistantes, disproportionnées ou difficiles à apaiser malgré la compréhension, il peut être utile de s'intéresser plus largement au fonctionnement du système nerveux et aux mécanismes de régulation.
Au Centre Visio-Nerf, cette réflexion autour du fonctionnement du système nerveux s'inscrit notamment dans l'approche de Reprogrammation Neuro-Sensorielle® (RNS), qui propose d'observer et de travailler la régulation du système nerveux à travers la neuroplasticité.




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