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Olivia Guillet Thérapeute Auray
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Mémoire traumatique et dissociation : quand le cerveau tente de survivre

8 oct.
6 min de lecture


Traumatisme et dissociation : quand le cerveau protège
Traumatisme et dissociation : quand le cerveau protège

Pourquoi certains événements semblent appartenir au passé, alors que le corps, les émotions ou certaines sensations donnent parfois l’impression qu’ils sont encore présents ?

Après un événement potentiellement traumatique, la mémoire peut fonctionner différemment. Certaines personnes revivent des images, des sensations ou des émotions de manière très intense. D’autres, au contraire, ont l’impression de ne plus rien ressentir, d’être « coupées » de leurs émotions ou de fonctionner en pilote automatique.

Ces phénomènes peuvent notamment être liés à deux mécanismes : la mémoire traumatique et la dissociation.


La mémoire traumatique : quand le souvenir ne s'intègre pas normalement


Un événement traumatique n'est pas simplement un souvenir particulièrement désagréable.

Lorsqu'une personne est confrontée à une situation vécue comme menaçante, le cerveau mobilise rapidement ses systèmes de survie. L'organisme se met en état d'alerte afin de permettre à la personne de faire face, de fuir ou, lorsque cela n'est pas possible, de se protéger autrement.


Dans certaines situations, notamment lorsque l'événement est extrêmement intense, imprévisible, prolongé ou vécu sans possibilité de contrôle, son intégration dans la mémoire autobiographique peut être perturbée.

Le souvenir peut alors rester associé à des éléments sensoriels et émotionnels très forts :

  • une odeur

  • un son

  • une image

  • une sensation corporelle

  • une émotion

  • une impression de danger

  • une situation ou un lieu particulier.


Plus tard, un élément ressemblant à celui de l'événement initial peut réactiver une réponse émotionnelle ou physiologique importante.

La personne peut alors se demander :

"Pourquoi est-ce que je réagis comme ça alors qu'il n'y a plus de danger?"


Parce que le système nerveux peut avoir appris à associer certains indices à une menace.


Le passé peut parfois être vécu comme du présent


Dans une mémoire autobiographique ordinaire, nous savons généralement que l'événement appartient au passé.


Nous pouvons nous souvenir d'un accident, d'une rupture ou d'une période difficile tout en ayant la sensation claire que :

"C'est arrivé. Aujourd'hui, je suis ici."


Dans certaines formes de mémoire traumatique, cette distinction peut être moins nette.

Une sensation, une image ou une émotion peut être réactivée avec une intensité telle que le corps réagit comme si la menace était encore actuelle.

Cela peut se manifester par :

  • des images ou souvenirs intrusifs

  • des cauchemars

  • des réactions de peur disproportionnées à la situation présente

  • une hypervigilance

  • des réactions corporelles soudaines

  • des évitements

  • une sensation de danger difficile à expliquer.


Il ne s'agit pas nécessairement d'un souvenir volontaire.

La réactivation peut être déclenchée automatiquement.


Et la dissociation dans tout cela?


La dissociation est un phénomène différent, même si elle peut être associée aux expériences traumatiques.

On peut la comprendre comme une modification de l'intégration habituelle de certaines expériences : sensations, émotions, perceptions, souvenirs ou sentiment de soi.

Elle peut apparaître ponctuellement dans la vie quotidienne.

Par exemple, nous avons tous déjà vécu ce moment où nous arrivons quelque part en voiture sans avoir vraiment prêté attention au trajet. Cela ne signifie pas qu'il existe un trouble dissociatif.

Dans un contexte de stress intense ou de traumatisme, cependant, la dissociation peut devenir beaucoup plus importante.


Quand le cerveau se met "à distance"


Face à une situation vécue comme trop intense ou impossible à fuir, certaines personnes peuvent ressentir une forme de déconnexion.

Elles peuvent avoir l'impression :

  • d'être spectatrices d'elles-mêmes

  • d'être « dans une bulle »

  • d'être anesthésiées émotionnellement

  • que leur environnement semble irréel ou lointain

  • que leur corps ne leur appartient plus tout à fait

  • d'être présentes physiquement mais absentes mentalement

  • d'avoir des difficultés à accéder à certains souvenirs

  • de fonctionner automatiquement.


On parle notamment de dépersonnalisation lorsque la personne ressent une distance ou une étrangeté vis-à-vis d'elle-même, et de déréalisation lorsque le monde extérieur semble étrange, irréel ou déconnecté.

Ces expériences peuvent être particulièrement déstabilisantes.


La dissociation n'est pas un manque de volonté


Une personne dissociée peut sembler distante, indifférente ou « ailleurs ».

Pourtant, ce qui se passe intérieurement peut être très différent.

La dissociation peut constituer une réponse de protection face à une expérience trop intense pour être pleinement traitée à ce moment-là.

C'est pourquoi il est important de ne pas interpréter systématiquement une absence apparente d'émotion comme un manque d'émotion.


Ne rien ressentir ne signifie pas forcément que rien ne se passe.


Mémoire traumatique et dissociation : deux mécanismes qui peuvent se croiser


Ces deux phénomènes peuvent parfois sembler opposés.

D'un côté, certaines personnes ont l'impression de revivre leur passé : images, sensations, émotions, réactions corporelles.

De l'autre, certaines peuvent avoir l'impression d'être coupées de ce passé, d'elles-mêmes ou de leurs émotions.

Pourtant, ils peuvent appartenir à une même dynamique de survie.

Le système nerveux peut rester fortement sensibilisé à certains indices de danger, tandis que la dissociation peut limiter ou modifier l'accès conscient à certaines expériences.

Cela peut donner lieu à des manifestations très différentes d'une personne à l'autre.


"Je sais que tout va bien, mais mon corps réagit autrement"


C'est une phrase que l'on retrouve fréquemment chez les personnes confrontées à des réactions post-traumatiques.

Sur le plan cognitif, la personne sait qu'elle est en sécurité.

Mais son organisme peut réagir comme si une menace était présente.

  • Le cœur accélère

  • La respiration change

  • Les muscles se contractent

  • Une sensation de peur apparaît

  • Une envie de fuir peut survenir.


À l'inverse, certaines personnes peuvent se sentir complètement coupées de leurs sensations et de leurs émotions.

Ce décalage entre ce que l'on sait et ce que l'on ressent peut être difficile à comprendre.

Il ne signifie pas que la personne « exagère » ou « imagine ».

Les réactions post-traumatiques impliquent notamment des mécanismes neurobiologiques complexes qui concernent les systèmes de détection de la menace, de stress, de mémoire et de régulation émotionnelle.


Peut-on "effacer" une mémoire traumatique?


L'objectif d'un accompagnement psychothérapeutique n'est généralement pas d'effacer un souvenir.

Il s'agit plutôt de permettre progressivement à la personne de pouvoir penser à son histoire sans être systématiquement submergée par les réactions qu'elle provoque.

Autrement dit :

le but n'est pas forcément d'oublier ce qui s'est passé, mais de pouvoir se souvenir sans avoir à le revivre.


Le travail thérapeutique peut notamment viser à renforcer le sentiment de sécurité, améliorer la régulation émotionnelle, favoriser l'intégration des expériences et permettre à la personne de retrouver davantage de contrôle sur son quotidien.



Certaines approches psychothérapeutiques sont spécifiquement utilisées dans la prise en charge des traumatismes, notamment les thérapies centrées sur le traumatisme et l'EMDR.


Pourquoi la stabilisation est importante


Lorsqu'une personne présente une forte dissociation ou des réactions traumatiques importantes, vouloir aller trop vite dans le récit des événements peut parfois être contre-productif.

Avant de travailler directement sur certains souvenirs, il peut être nécessaire de construire des ressources permettant de mieux identifier les états émotionnels, reconnaître les signes corporels et retrouver progressivement un sentiment de sécurité.

Le rythme compte.

Le travail thérapeutique doit s'adapter à la personne, à son histoire et à ses capacités du moment.


Comprendre pour ne plus se juger


Comprendre la mémoire traumatique et la dissociation peut déjà permettre de changer le regard porté sur certaines réactions.

"Je suis bizarre."

"Je ne contrôle rien."

"Je devrais avoir tourné la page."

"Pourquoi mon corps réagit-il encore alors que c'est terminé?"


Ces pensées peuvent laisser place à une autre compréhension :

"Mon cerveau et mon système nerveux ont appris à se protéger d'une expérience qui a été vécue comme une menace."

Cela ne signifie pas que tout est déterminé par le passé.

Au contraire.

Comprendre ces mécanismes peut constituer une première étape pour retrouver progressivement davantage de sécurité, de liberté et de choix dans le présent.


À retenir


La mémoire traumatique et la dissociation sont deux phénomènes complexes qui peuvent apparaître après des expériences vécues comme profondément menaçantes.

La mémoire traumatique peut entraîner la réactivation involontaire d'émotions, de sensations ou d'images associées à l'événement.

La dissociation peut, quant à elle, modifier la manière dont une personne ressent son corps, ses émotions, son environnement ou certains souvenirs.


Dans les deux cas, il est essentiel de sortir d'une lecture culpabilisante.

Ces réactions ne sont pas des signes de faiblesse. Elles peuvent être comprises comme des réponses de protection qui se sont mises en place face à une situation vécue comme dépassant les capacités habituelles d'adaptation.


Et lorsqu'elles deviennent envahissantes, un accompagnement professionnel adapté peut aider à retrouver progressivement un sentiment de sécurité et une meilleure intégration de l'expérience vécue.

 
 
 

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